…Les artistes contemporains au Bénin d’une décennie à l’autre / …Contemporary
artists in Benin from one decade to next
Joseph C E Adandé
Retour en force de l’artiste plasticien / Visual artist’s powerful comeback
Gislain Bidossessi Fadohan
L’état d’urgence / State of emergency
Fabiola Badoi
Les artistes / The artists

La performance dénonce la violence, envers les femmes, celle qui dégrade l’environnement, la
politique, la corruption, efface les noms attachés au pouvoir, elle est aussi outil de revalorisation des
savoirs ancestraux remplacés par les industries, valorisation d’anciennes traditions, reconstitution de coutumes, de costumes, quête d’identité. Les métiers d’art des vieilles traditions de cour dahoméens, tenture, bas-reliefs, récades inspirent, ils sont revisités par la pop art, par le numérique, réinventés….
Engagés, des artistes interviennent dans les prisons, organisent des ateliers de peinture,des atelierscontes, créent des centres d’activités pour les enfants et pour les vulnérables. L’art comme thérapie.
Ils sont leurs propres agents,galeristes,créateurs d’événements. Enseignants,défricheurs, dénicheurs de talents.
L’intérêt du public est essentiel. Des artistes circulent, leurs créations voyagent, l’art contemporain du Bénin acquiert de plus en plus une reconnaissance. Il est présent aux biennales, Johannesburg, La Havane, Sao Paolo, Shanghai, Venise, dans les foires, Londres,
1-54, Paris Art Fair, la FIAC, AKAA à Paris, Montresso à Marrakech, dans des musées au Brésil, aux Etats Unis, en Allemagne, au Japon et encore… Des galeries sur 4 continents, trop nombreuses à citer.
Certes, les techniques et les intentions de certains sont encore incertaines et puis, être artiste, comme partout, reste une économie alternative. Les ateliers
de travail sont rares comme les voyages à l’extérieur du continent, les visas ne sont pas toujours accordés,les financements culturels, comme partout, sont maigres. Les matériaux sont chers, les disparités
avec les pays du Nord surtout en ce qui concerne les nouvelles technologies, les arts numériques, restent importantes, la condition d’artiste n’est pas une sinécure… Il reste à réfléchir sur le marché de l’art sur les économies alternatives de l’artiste qui ne l’assujettissent pas à la demande du marché, sur une manière responsable de créer, sans rajouter des objets au monde mais pourquoi pas lui enlever, dans un geste peut être dérisoire mais symbolique, à privilégier l’intervention directe, les actions, impliquer la population sans en faire un public… Sur l’écriture
d’une histoire de l’art de l’Afrique qui fixe ses propres codes. Sur des médiathèques d’art, sur une pédagogie alternative.
… Je pense à Piero Manzoni qui en 1960 publiait son texte Libera dimensione : Il ne s’agit pas de façonner les choses, ni d’articuler des messages, car en fin de compte, chaque discipline porte en elle les éléments de sa solution… L’expression, la fantaisie et l’abstraction, des fictions vides… Il n’y a rien à dire : il n’y a qu’à être et qu’à vivre.
Dans la multitude d’œuvres qui n’en sont évidemment pas toutes – c’est une empreinte du paysage visuel global actuel qu’on a voulu relever -, on note quelques apparitions étonnantes, un travail novateur, abouti, sensible, qualités qui ne sont pas toujours accompagnées d’une démarche clairement formulée, des personnalités qui s’affirment par des démarches élaborées, auxquelles le travail a du mal à emboîter les pas. Leur fusion lève un frémissement.
Cette urgence d’être, de saisir, qui comme une aura marque la présence de l’artiste je l’ai appelée l’état d’urgence. Frémissement devant quelques phrases maladroites qui expriment en peu de mots les années d’apprentissage, de travail, de devenir soi, d’un artiste-artisan qui vit loin des villes, dans une campagne certainement verte et belle où la vie n’estcertainement pas vraiment facile, qui vit son temps imparti en faisant ce qu’il sait si bien faire et participe par un travail nécessaire de la vie spirituelle de sa communauté. Etat d’urgence quand, interdit de créer, l’enfant qui percevait le ciel comme un mystérieux montage de couleurs se consacre quarante années après à monter un univers de toutes pièces. La conception graphique appartient tout comme
la précédente à Sarah Dugrip, qui se jouant des contraintes d’espace, a relevé et transposé avec habileté le travail des artistes avec la collaboration précieuse,incontournable, de Bernadine Eclou qui a fourni un travail long et patient, dans cet ouvrage qui dense et représentatif, reste simple à feuilleter.
La traduction en anglais d’Eugen Sergiu Mîrza, fruit d’un travail fin et minutieux, s’est appuyée sur la contribution allègre d’Ilinca Lou Badoi. La relecture attentive, nécessaire revient à Jacques Malgorn.Nous les remercions.
Une centaine de jours avec les artistes du Bénin, à redécouvrir et découvrir leur travail, au fil de leur intentions, à deviner leurs voix, à imaginer leurs contraintes, à les accompagner dans les lieux où ils ont grandi ou rêvé, à apprendre parfois le nombre de leurs enfants, le mythe d’origine de leurs premiers dessins…
Un compatriote cher à mon cœur, Constantin Brâncusi disait : Ce qui a vraiment un sens dans l’art, c’est la joie. Vous n’avez pas besoin de comprendre. Ce que vous voyez vous rend heureux ? Tout est là.Je n’ai pas toujours compris, j’ai eu la joie.
Fabiola Badoi
la dilettante, initiatrice de l’école de Hogbonu à
Porto-Novo, Bénin. Roumaine, elle vit et travaille à Paris.
Fabiola Badoi
la dilettante, initiatrice de l’école de Hogbonu à
Porto-Novo, Bénin. Roumaine, elle vit et travaille à Paris.












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