Adogra, l’artiste entre abstrait et figuratif

Adotanou Gratien alias Adogra habite l’avant dernière maison en allant vers l’école primaire publique de Cadjèhoun. Les pièces construites pêle-mêle à l’entrée cachent une vaste cour intérieure qui sert d’atelier à Adogra. Artiste plasticien, ses journées se passent de tout repos : toujours en train de réaliser une nouvelle oeuvre. Qu’il pleuve, qu’il vente ou que le soleil pointe son nez au zénith, Adogra, tel un métal inoxydable se trouve assis à même le sol, pinceau ou autre matériel de travail en main, la tête penchée sur son toile. Chez lui la tête tout le temps travail aussi bien que les bras. Il suffit que l’oeuvre transparaisse dans son esprit et il ne perd plus son temps. Ce qui fait que son salon, sa chambre et son arrière-cour sont devenu des dépotoir plastiques. On y découvre des oeuvres exposées çà et là, dans un désordre qui embellit davantage les lieux.

Le spectacle commence déjà à l’entrée de la maison. Un géant portrait absorbe le regard tel un adepte de vodou. Puis, une fois à l’intérieur, les choses se précisent encore plus. En fait Gratien s’inspire beaucoup du vodou pour créer. Ainsi, on voit transparaitre dans ses oeuvres des divinités comme ogou (dieu du fer), Egungun (dieu des morts), guelèdè (dieu nago) dont il se plait à volonté à matérialiser le masque. Il fait également un clin d’oeil à la sorcellerie à travers son art. Pour lui, il s’agit de faire comprendre aux gens que la sorcellerie ne symbolise pas qu’une puissance maléfique. C’est avant tout un pouvoir dont on peut se servir pour faire quelque chose de bien et de durable. Cette vision positive de la sorcellerie, Adogra l’exprime par un art abstrait qui unit sur une même toile peinture et sculpture avec une bonne dose de récupération. Comme matériaux de récupération, on retrouve chez cet artiste des lambeaux de jeans, des bidons, des ossements, etc. tout ce qu’il faut pour donner à un tableau abstrait, un visage d’absurdité complet.

C. A, Correspondant Média DONGA