Littoral

Rafiy Okefolahan

Son intranquilité capte les mouvements du monde et articule son travail autour de l’humain, l’humain pris au piège de l’histoire, au piège du quotidien, de l’existence.
Il ne peint jamais dans la solitude, il peint avec le bruit de la rue, avec les amis de passage, les infos télévisées. Debout, à genoux, au dessus de l’effrayante nudité blanche de la toile, il est prêt à bondir, prêt à intégrer les hasards, à fleur de peau. Il met de la colle, de l’acrylique, peint, gratte, met du marc de café, de la rouille, dessine, écrit des mots, des chiffres, au charbon, stylos, crayons et pastels et la toile ainsi maculée, exhale la sensualité de ces matières qui lui donnent corps, exulte de cette proximité charnelle qu’il lui inflige, exalte les couleurs franches sans nuances, dont il la pare…

Il dessine des portraits d’âmes, des têtes - sièges de la raison, sièges du mal - planent dans des compositions fougueuses, bouche béante, yeux hagards, il griffonne des numéros de téléphone pendants à des prénoms. Ces numéros inscrits à la craie sur les portes et les murs des échoppes à Cotonou, répertoires mimétiques visuels à l’usage des illettrés, ou ceux des petits annonces à Paris, l’amènent à réfléchir sur l’identité, sur l’espace urbain, sur les mutations …

…La gestation peut parfois être lente et alors, posée dans un coin, la toile attendra d’être re-prise, re-touchée… J’aime imaginer qu’en lui posant la question qu’une célèbre revue new yorkaise à posée à Pollock : « comment savez-vous qu’une toile est finie ? », il pourrait reprendre la réplique de l’artiste : « comment savez-vous que vous ayez fini de faire l’amour ? ».

(extraits)                                                               Résident en 2011 à la Cité Internationale des Arts à Paris, en 2013 à Art Bakery au Cameroun, Rafiy est un des artistes de la Galerie Lazarew à Paris et Bruxelles.

Il fait de la photo, de la vidéo et des installations. Il suit l’élan vers l’inconnu et il bouillonne.


Fabiola Badoi